09/11/2007

JE CROIS EN TOI

 

H arbre_livre

 

JE CROIS EN TOI

Je crois en l’homme, cette ordure.

Je crois en l’homme, ce fumier,

Ce sable mouvant, cette eau morte ;

*

Je crois en l’homme, ce tordu,

Cette vessie de vanité ;

Je crois en l’homme, cette pommade,

Ce grelot, cette plume au vent,

Ce boutefeu, ce fouille-merde ;

Je crois en l’homme, ce lèche-sang.

*

Malgré tout ce qu’il a pu faire

De mortel et d’irréparable,

Je crois en lui,

Pour la sûreté de sa main,

Pour son goût de la liberté,

Pour le jeu de sa fantaisie,

Pour son vertige devant l’étoile,

*

Je crois en lui

Pour le sel de son amitié,

Pour l’eau de ses yeux, pour son rire,

Pour son élan et ses faiblesses.

*

Je crois à tout jamais en lui

Pour une main qui s’est tendue.

Pour un regard qui s’est offert.

Et puis surtout et avant tout

Pour le simple accueil d’un berger.

* * *

(Lucien Jacques)Extrait de C’était hier et c’est demain Lucien Jacques (1891-1961) était artisan, berger au Contadour et à Montlaux durant la guerre, ami intime de Giono. Pacifiste, passionné par les arts, il dit dans ses poèmes sa foi en l'homme.

 

 

13:38 Écrit par L'Ariou dans POESIE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/11/2007

☼ DIALOGUE ☼

 

 

chrysanthemum

 

 

Rose et Chrysanthème

(Dialogue)

 

La Rose

  Mais quel est tout ce bruit autour du Chrysanthème

  Et pourquoi sur son front poser un diadème ?

  On dirait, à le voir, ce méchant envieux,

  Qu’il renverse mon trône à son souffle orgueilleux.

  Croirait-il que je crains sa personne massive,

  Ou sa voix d’outre-tombe, ou sa face pensive ?

 

Le Chrysanthème

  Madame, je ne sais quelles rares vertus

  Me méritent l’honneur d’être par les élus,

  Mais il faut que le monde ait compris que ma grâce

  Equivaut à la vôtre et parfois la dépasse,

  Pour qu’il vienne aujourd’hui dans l’arrière-saison

  Me donner ses faveurs et m’ouvrir sa maison.

  

La Rose

  Votre rivalité ne m’est point dangereuse ;

  Vous paraissez un temps dans la saison affreuse !

 

Le Chrysanthème

  Je parais quand la brise effeuillant sans pitié

  Vos pétales fanés les repousse à mon pied ;

  Oui, j’éclos et je meurs comme, hélas ! Toutes choses,

  Mais on sait, comme moi, ce que vivent les roses...

 

La Rose

  Mais je donne aux humains, sous de fraîches couleurs,

  Le parfum de ma chair...

 

Le Chrysanthème

  Et de vives douleurs

  Accompagnent toujours vos caresses divines.

  Et l’on dit qu’"il n’est pas de roses sans épines !"

  

La Rose

  Quel est votre parfum, vous qui parlez si bien ?

 

Le Chrysanthème

  Celui le plus discret de ne sentir à rien !

  Votre corps, imprégné d’une odeur si troublante,

  Qu’effleurent un moment les lèvres de l’amante

  Se fane entre ses doigts le soir du même jour,

  Comme passe l’oubli sur le front de l’amour.

  Je rappelle du moins le parfum de ces choses,

  Et suis le souvenir sur la tombe des Roses.

 

La Rose

  Oh ! Monsieur l’immortel, oui, je meurs, il est vrai,

  Mais le pied qui me porte est solide et vivrait

  Plus d’un siècle debout...

 

Le Chrysanthème

  Et le mien, s’il s’efface,

  En produit plus de cent fleurissant à sa place.

 

La Rose

  Enfin, malgré vos bonnes raisons,

  Vous n’êtes que la fleur des arrière-saisons !

 

Le Chrysanthème

  Je suis l’apothéose aux couleurs infinies,

  La synthèse des fleurs, je résume leurs vies,

  Et suis triste parfois de leur pire destin.

 

La Rose

  Votre nom ne dit pas puisqu’il est masculin,

  Que vous symbolisiez la grâce souveraine.

  Et c’est moi, qui des fleurs, serai toujours la Reine.

 

Le Chrysanthème

  La Reine, je veux bien, mais la Reine après moi !

  Je partage le trône et je signe : le Roi !

(Christophe Ferry)


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